Bronze Nu

4Escultura

Exposició permanent
Bronze nu Julio Antonio : Une vie de sculpteur
#MAMT

L’exposition

Le musée d’Art moderne de Tarragone a reçu en 1968 une grande partie de l’œuvre du sculpteur Julio Antonio (Móra d’Ebre, 1889 – Madrid, 1919).

Bien que l’exposition présente diverses facettes du travail de Julio Antonio, dont il convient de souligner le rôle dans la modernisation de la sculpture espagnole et son lien avec le mouvement littéraire de la Génération de 98, l’objectif principal de l’exposition est de mieux faire connaître au public local et aux visiteurs en général le Monument aux héros de 1811, et de mettre en valeur la relation existante entre l’art et la société à une certaine époque.

 

Il convient également de dire que la situation du monument — Rambla Nova, au carrefour des rues d’Yxart et de Cañellas — en a fait une icône de la ville, mais, malgré cela, bien des habitués de ce lieu auraient du mal à en expliquer l’origine.

Les premières années : 1889-1906

Naissance à Móra d’Ebre (Ribera d’Ebre), le 6 février 1889. Aquilino Rodríguez García, son père, originaire de Lyon, était premier sergent d’infanterie. Sa mère, Lucía Hernàndez Costa, était née à Móra d’Ebre. Il avait deux sœurs, plus âgées que lui : Pepita et Erènia. Son premier maître à Móra d’Ebre fut Lluís Vinyes Viñales, et la boue des rives de l’Èbre lui servit à réaliser ses premiers travaux.

1896.

La famille déménage à Tarragone, rue d’August, au carrefour de la rue Sant Agustí.

Il assiste aux cours du centre culturel l’Ateneo Tarraconense para la Clase Obrera. Marià Pedrol était son professeur de dessin, et Bernat Verderol son professeur de sculpture.

1897.

Le père de Julio Antonio est muté à Cuba, et le reste de la famille s’installe à Barcelone.

Julio Antonio poursuit son apprentissage à l’atelier du sculpteur Feliu Ferrer i Galzeran.

 

1903.

La famille déménage à nouveau, cette fois-ci à Murcie, où Julio Antonio réalise son premier ensemble sculptural connu : Flores malsanas (Fleurs malsaines).

Un sculpteur est né : 1907-1909

En 1907, Le conseil départemental de Tarragone lui octroie une bourse pour étudier à Madrid, où il commence à travailler à l’atelier du sculpteur Miquel Blay (Olot 1866 – Madrid 1936). Blay était, au même titre qu’Agustí Querol, originaire de Tortosa, et que Mariano Benlliure, de Valence, l’un des sculpteurs les plus reconnus du pays.

Dans les lettres qu’il écrivit à sa famille lors de cette époque, il établit les bases théoriques de son avenir :

« Je demanderai la protection aux grandes œuvres des grands maîtres classiques, je leur demanderai qu’ils me révèlent le mystère de la forme et de la beauté, et c’est certain qu’en les étudiant et en les refusant, beaucoup me le diront et ce sera à ce moment que je créerai mon œuvre, à ce moment que mon intelligence triomphera...

À Madrid, il fréquente Miquel Viladrich, Victorio Macho, Enrique Lorenzo Salazar et Lluís Bagaria.

 

1908.

Julio Antonio crée, avec Miquel Viladrich, son atelier rue de Villanueva.

Il se lie d’amitié avec Ramón Gómez de la Serna. Ses écrits sont essentiels pour mieux appréhender la vie et l’œuvre de Julio Antonio.

 

1909.

Le Conseil provincial de Tarragone lui octroie une bourse de voyage de 1000 pesetas. Le sculpteur voyagea pendant trois mois en Italie avec sa mère. Il visita Rome, Florence et Naples. Ce voyage lui permit de mieux connaître l’œuvre de deux des grands sculpteurs qui, au même titre que Rodin, eurent une plus grande influence sur son art : Donatello et Michel-Ange.

À son retour d’Italie, il s’installe à Almadén, avec Lorenzo Salazar, où il travaille sur la série Bustos de la Raza (Bustes de la race)

Les Bustes de la race

Les Bustes de la race font partie d’une série de sculptures qui répondent à l’objectif de Julio Antonio de sculpter des représentants du peuple, des hommes et des femmes anonymes, considérés comme étant à l’origine de la race, conformément aux préceptes alors communs chez la plupart des représentants du mouvement littéraire espagnol connu comme la Génération de 98, en particulier de ses amis écrivains Ramón Gómez de la Serna et Eugenio Noel.

Pour cela, certains intellectuels ont affirmé que Julio Antonio incarna comme aucun autre, du point de vue sculptural, les idéaux de cette génération ; des idéaux de régénération qui leur permirent de vaincre le défaitisme dans lequel l’État espagnol plongea à la fin du XIXe - début du XXe siècle.

Afin de chercher ses modèles, Julio Antonio entreprit en 1908 un voyage à travers l’Espagne, accompagné du peintre Miquel Viladrich, à la recherche du contact direct avec la réalité du pays, de ces personnages qui transcendent l’individualité pour devenir un présent éternel.

 

En 1909 il réalisa Minera de Puertollano (Minière de Puertollano), Rosa María, Mujer de Castilla (Femme de Castille), Ventero de Peñalsordo (Aubergiste de Peñalsordo), et l’année suivante, Hombre de la Mancha (Homme de la Mancha) et Minero de Almadén (Mineur d’Almadén).

María la gitana, amante que fue del Pernales (Marie la gitane, maîtresse de Pernales) servit de préambule à ces œuvres successives. Le symbole final de son travail est représenté par le portrait du poète Lasso de la Vega. Ce sont deux représentations particulières de deux personnags qui possèdent leur propre histoire mais qui transmettent le symbolisme de Bustes de la race.

En 1914, après un séjour à Avila et à la Sierra de Guadarrama en raison de problèmes de santé, il récupère l’esprit de cette série de sculptures et réalise Moza de Aldea del Rey (Jeune fille d’Aleda del Rey), Ávila de los Caballeros, Cabrero de las tierras de Zamora (Berger des terres de Zamora) et El Novicio (Le novice).

La projection de l’artiste : 1910-1915

En 1910 il se lie d’amitié avec les frères Romero de Torres, Julio et Enrique. Cette amitié, en particulier avec Julio, et son amour pour l’Andalousie, se traduisent par des résultats concrets au sein de sa production artistique : le monument que le sculpteur voulait réaliser en hommage au torero Lagartijo, La Mujer de la Mantilla (La femme à la mantille), deux dessins et une épreuve de la gravure Homenaje a Córdoba (Hommage à Cordoue).

1911

Il gagne le concours pour créer le Monument aux héros de 1811 ; son projet est sélectionné, contrairement à ceux d’Anselm Nogués et de Carles Mani.

 

1912

Julio Antonio transfère son atelier de Madrid à une annexe de la Fonderie Codina. Le fait de travailler à la fonderie, dans un studio aux dimensions plus vastes, lui permet de travailler sur des œuvres de plus grande envergure, comme le monument à Chapí, la statue de Wagner et la sculpture de Saint-Jean.

 

1915

Ramón Gómez de la Serna fonde à Madrid la fameuse Tertulia de la Cripta del Pombo (Cercle de la crypte du Pombo), fréquentée par de nombreuses personnalités du monde littéraire et artistique. Julio Antonio en est l’un des premiers. L’écrivain le décrit ainsi :

« Il apparaît parfois avec son visage de chanteur de flamenco, avec son regard dur et noirci, et ses mains de cogneur, de boucher d’abattoir, des mains qui s’agitent dans l’air comme si elles fouillaient dans la boue, l’index érigé comme le bâtonnet du sculpteur qui modèle ce qu’il dit... »

Julio Antonio et le Monument aux héros de Tarragone

Le 24 décembre 1909, la mairie de Tarragone organisa la réalisation d’un monument en mémoire des défenseurs de la ville contre le siège du général Suchet, en 1811.

Le promoteur fut Marià Rius i Montaner, premier comte de Rius, qui apporta 11 000 pesetas à l’initiative, tandis que la mairie de la ville en engageait 14 000.

Le 11 avril 1910, la Corporation Municipale publia un concours restreint, invitant les artistes suivants : Carles Mani, Anselm Nogués et Julio Antonio. (Photographie 1)

Le jury était composé par les sculpteurs Josep Llimona et Miquel Oslé, le professeur de dessin du lycée de Tarragone, Francisco de Cidón, et l’historien Emili Morera.

Julio Antonio gagna le concours, avec l’un des deux projets qu’il avait présentés. La nouvelle fut rendue publique le 9 avril 1911. (Photographie 2)

 

Julio Antonio écrivit dans le mémoire du projet : ... fuyant de tous les répudiables monuments en hommage aux héros de l’indépendance inaugurés de façon éphémère, où tout a été résolu au moyen de fusils, de morions (casques d’infanterie), d’épées, de canons et de figures invraisemblables et de très mauvais goût... J’ai voulu et je veux, en tant que sculpteur, transmettre la sensation d’héroïsme au moyen de la forme nue la plus belle et la plus harmonieuse que me permettent mon intelligence et mes forces. (Photographie 3)

Après la réalisation de l’ébauche définitive en bronze, la mairie de Tarragone demanda à Ramón de Valle Inclán, professeur d’esthétique, et à Julio Romero, professeur de représentation de vêtements, de l’École supérieure des Beaux.arts de Madrid, d’évaluer cette sculpture en tant qu’œuvre qui, « par son sens artistique, sa force émotive et sa facture remarquable, puisse être considéré comme la plus haute représentation de l’art contemporain ». (Photographie 4)

La première pierre du monument est placée à son emplacement, le 23 septembre 1910, Rambla de Sant Joan, au carrefour des rues de Cañellas et d’Ixart ; en mai 1911 le socle avait déjà été placé ainsi que l’aménagement du jardin, mais la maladie pulmonaire de Julio Antonio en retarda l’exécution définitive de l’œuvre. (Photographie 5)

De plus, des difficultés dans l’obtention du bronze pour la fonte, firent que Julio Antonio ne pût pas voir son œuvre achevée, puisqu’il mourut le 23 février 1919.

Finalement, en 1920, la mairie de Tarragone délégua au disciple de Julio Antonio, Enrique Lorenzo Salazar, la responsabilité de la supervision de la fonderie fournie par l’entreprise Mir y Ferrero de Madrid.

Le 9 février 1922, l’œuvre est montrée pour la première fois au musée d’Art moderne de Madrid, avant d’être transférée à Tarragone. (Photographie 6)

Après le succès remporté par la sculpture à Madrid, le positionnement d’une certaine catégorie de citoyens fut incompréhensible : ils étaient opposés à l’emplacement de la sculpture sur la Rambla de Tarragona, pour les raisons suivantes :

  1. Qu’elle pouvait entraver la visibilité et la perspective de la promenade.
  2. Que l’exposition publique d’un groupe de personnages nus pouvait porter atteinte à la sensibilité des passants.

La polémique se refléta dans les diverses opinions pour et contre cet emplacement, qui furent respectivement publiées dans le Diari de Tarragona et dans La Cruz. (Photographie 7)

Le monument fut alors placé au musée Archéologique de Tarragone, alors situé dans une aile du bâtiment du consistoire, sur la place de la Font de la ville. (Photographie 8)

Malgré cela, une partie de la population continua à demander au maire de Tarragone, Andrés Segura y Donato, de faire en sorte que le monument soit recouvert d’un drap, et une chansonnette, sur la mélodie d’« Ai Mare », ironisait sur la situation en disant : « Les dames offusquées au maire ont fait compliment et ont dit à Monsieur Segura qu’il recouvre ce monument ». (Photographie 9)

L’instauration de la IIe République en 1931 eut pour conséquence l’installation définitive de la sculpture à l’endroit choisi initialement. Le 24 septembre de la même année, le monument fut inauguré officiellement en présence des autorités locales, ainsi que de la mère et d’autres membres de la famille de Julio Antonio. (Photographie 10) qu’il couvre ce monument. Reproduction de la chansonnette avec solfège
 

La plénitude : 1916-1919

Lors des dernières années de sa vie, il conçut et réalisa un grand nombre de monuments qui en firent l’un des artistes les plus reconnus du pays. Parmi ses dernières œuvres, il convient de mentionner le Mausolée Lemonier, un monument funéraire que la famille Lemonier commanda pour la tombe de l’un de ses enfants, Alberto, mort à onze ans.

Julio Antonio a conçu cette œuvre comme s’il s’agissait d’une Piété, mais la mère, au lieu de tenir son fils dans ses bras, est agenouillée, et son enfant, qui paraît simplement endormi, repose sur ses jambes.

Julio Antonio est mort le 15 février 1919, au sanatorium Villa Luz de Madrid, où il avait été admis par l’intermédiaire du Dr. Gregorio Marañón. Il s’éteint en présence de sa mère, de ses sœurs, du Dr. Marañón, d’Enrique Lorenzo Salazar, de Julián Lozano, de Lluís Bagaría, de Moya del Pino, de Vázquez Díaz et de Ramón Pérez de Ayala.

Son décès fut un véritable deuil culturel.

Peu de temps auparavant, les Madrilènes et leurs représentants politiques et culturels lui avaient rendu hommage lors de la présentation publique du Mausolée Lemonier.

Julio Antonio et la sculpture monumentale

Les créations monumentales de Julio Antonio démarrèrent en 1910 avec le projet de monument en hommage à Lagartijo pour la ville de Cordoue, et s’achevèrent en 1919, l’année de son décès, avec le projet de monument dédié à Enric Granados. De nombreux monuments sont érigés en hommage à différents personnages, mais aussi pour représenter des concepts plus généraux, comme le travail, la poésie ou la spiritualité. Certaines de ces œuvres sont issues de commandes, et d’autres sont nées de sa propre initiative ; toutes tendent vers la recherche de la véritable identité du thème, exprimée par le biais de la sérénité des formes.

Phare spirituel, 1912

Le projet du Faro espiritual a été conçu à Valence ; l’œuvre, d’environ soixante mètres de haut, est située au Cerro de los Ángeles, considéré comme le centre géographique de la péninsule ibérique.

La sculpture montrait les différentes activités des habitants de la péninsule, sur quatre frises qui représentaient, au nord, la terre, le semeur, l’effort ; au sud, les hommes de tout le territoire, y compris les Portugais ; à l’est, les paysans, les pêcheurs et les mineurs, et à l’ouest, le travail de l’usine, de l’atelier et l’intellectuel, etc.

L’exécution du monument fut finalement attribuée à Aniceto Marinas.

 

Projet de monument en hommage à Wagner, 1912

La Société Wagnérienne de Madrid lui confia la création d’un monument consacré à Richard Wagner, qui devait être installé aux alentours de la Moncloa.

Julio Antonio réalisa plusieurs dessins du projet de monument, le masque du musicien, une maquette et l’esquisse définitive en bronze. Il entreprit ensuite la réalisation du projet définitif, de huit mètres de hauteur, en céramique.

La déclaration de la Grande Guerre de 1914-1918 provoqua un conflit interne dans la société organisatrice, ce qui conduisit à l’abandon définitif du projet.

Seule la tête de cette sculpture monumentale a été conservée. Une reproduction réalisée en 1969 par le sculpteur Bruno Gallart peut être contemplée dans les jardins du Camp de Mart de Tarragone.

 

Monument à Eduard Saavedra i Moragas, 1913

En 1912, le Centre commercial hispano-marocain encouragea la réalisation à Tarragone d’un monument consacré à cet ingénieur et humaniste.

Julio Antonio réalisa plusieurs esquisses de ce monument. Bien qu’il s’agissait au départ d’un projet plutôt ambitieux, il fut finalement composé d’un socle pyramidal et du buste de ce personnage.

Le monument est visible au parc de Saavedra de Tarragone.

 

Monument à l’Amérique, 1916

Julio Antonio se chargea de ce projet avec le sculpteur Sebastián Miranda. L’idée surgit d’une société d’Asturiens revenus de plusieurs années aux Amériques, présidée par la marquise d’Argüelles. Cette sculpture devait être placée à Oviedo.

Le monument avait été conçu en tant qu’une œuvre complexe et grandiose, mais il en resta au stade de projet. Les sculptures furent réalisées par Julio Antonio et les reliefs par Sebastián Miranda.

 

Monument à Francisco de Goya, 1916

En 1915, Ignacio de Zuloaga acheta à la famille Lucientes de Fuendetodos la maison natale de Francisco de Goya. Ensuite, il lança une collecte pour la restaurer, y créer un musée et y ériger un musée consacré au peintre aragonais.

Le musée Goya fut inauguré le 8 octobre 1917 dans la maison du peintre. L’inauguration du monument réalisé par Julio Antonio eut lieu le 19 octobre 1920, sur la place de l’église de ce même village.

Goya, Fuendetodos, 1917

 

Monument à Ruperto Chapí, 1917

Le 4 avril 1917, Julio Antonio signa un contrat avec la Société des auteurs espagnols pour l’exécution d’un monument dédié au compositeur Ruperto Chapí.

Ce monument est le seul ayant été réalisé dans le contexte architectural conçu par le sculpteur. Il supposa, pour la critique, l’acceptation d’un nouveau concept de bâtiment, et la reconnaissance définitive des nouvelles valeurs sculpturales.

 

 

Monument à Enric Granados, 1918-1919

Julio Antonio démarra ce projet en 1918 sans bénéficier d’une commande particulière, mais à la suite de la consternation provoquée en lui par la mort tragique du compositeur, lorsque le navire dans lequel il voyageait fut coulé par un sous-marin allemand, dans le canal de la Manche, à son retour des États-Unis, où il avait assisté à la mise en scène de Goyescas au Metropolitan Opera de New-York. Le projet resta inachevé en raison du décès du sculpteur en 1919.

Oeuvres
Artistes

Julio Antonio

Móra d'Ebre, 1889 - Madrid, 1919